encore


encore

encore [ ɑ̃kɔr ] adv.
XIIe; uncor XIe; lat. pop. °hinc ha hora ou hanc ad horam 2. or
1Adverbe de temps, marquant la persistance d'une action ou d'un état au moment considéré. Écrit ENCOR, en poésie classique : « Maître loup s'enfuit, et court encor » (La Fontaine). toujours. Vous êtes encore là ? Il est encore jeune. On en parle encore.
En tour négatif, marque que ce qui doit se produire ne s'est pas, pour le moment, produit. Je ne l'ai encore jamais rencontré. Nous n'avons encore rien décidé. — PAS ENCORE : indique la persistance d'une absence d'état, d'action. Il ne fait pas encore jour. Elle n'avait pas encore vingt ans. As-tu fini ? — Pas encore.
2Adverbe marquant une idée de répétition ou de supplément. Vous vous êtes encore trompé. Encore et toujours. nouveau (de nouveau); re-. Vous prendrez bien encore un verre ? Encore un ? Encore un peu. Ellipt Encore ! Encore ! autre. Je vous le dis encore une fois (cf. Une fois de plus). Non seulement il est bête, mais encore il est prétentieux. « Non seulement par la raison, mais encore par le cœur » (Pascal). Mais encore ? se dit pour demander des précisions supplémentaires. Que vous faut-il encore ? Et puis, quoi encore ? marque l'indignation devant une demande exagérée.
(Avec un verbe marquant accroissement ou diminution) Davantage. « Ce volume est bien petit; nous conseillons à l'auteur de le réduire encore » (Balzac). Avec un comparatif, marque un renchérissement. Ses affaires vont encore plus mal. Elle est encore moins patiente que moi. C'est encore pire que je ne croyais.
3Particule introduisant une restriction. Cinq millions, ce n'est pas cher, encore faut-il les avoir. Si encore il faisait un effort, on lui pardonnerait. Exclam. « Si encore il était beau ! Mais il est laid » (Lavedan)(cf. Si seulement). Et encore ! se dit pour restreindre ce qui vient d'être évalué. On vous en donnera cinq cents francs, et encore ! au plus cinq cents francs. Il pourra s'en tirer tout juste, et encore !
4Loc. conj. (XIVe) Littér. Encore que : bien que, quoique. « Encore que la révolte puisse fausser le caractère » (A. Gide). Il est bel homme, encore qu'un peu petit.
⊗ CONTR. Déjà.

encore adverbe (latin populaire hinc ad horam, d'ici jusqu'à cette heure) Indique la persistance d'une action ou d'un état à un moment donné (par opposition à ne… plus) : Il dort encore. À cette époque, j'étais encore enfant. Indique l'antériorité dans une phrase négative, par rapport à un événement ou un état prévu mais non réalisé (par opposition à déjà) : Il ne parle pas encore. Indique la répétition ; de nouveau : Vous vous êtes encore trompé. Indique l'addition ; en plus, en outre, davantage : Il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées, il faut encore savoir les exposer. Indique un degré plus grand avec les adverbes plus, moins, mieux, davantage : C'est encore plus difficile que je n'imaginais. Indique l'impatience devant le renouvellement ou la continuation de quelque chose : Quoi encore ? Encore toi ! Encore, en tête de proposition et avec inversion du sujet, ou encore que + subjonctif, introduisent une restriction ; cependant, toutefois, quoique, bien que : C'est une explication possible, encore n'est-elle pas certaine. Encore et toujours, insiste sur la persistance ou sur la répétition invariable d'un fait. Et encore, indique que ce qui a été dit est probablement en deçà de la vérité. Mais encore, introduit une précision complémentaire ou une restriction ; en interrogation, sollicite avec insistance des précisions complémentaires. Non seulement… mais encore, souligne une opposition en indiquant un renforcement : C'est non seulement inutile, mais encore dangereux. Ou encore, introduit une explication ou la présentation d'une autre possibilité : On pourrait dire ceci ou encore cela. Si encore ou encore si, indiquent que ce qui est dit pourrait être acceptable si au moins telle condition était réalisée : Si encore il s'excusait, je pourrais pardonner.encore (citations) adverbe (latin populaire hinc ad horam, d'ici jusqu'à cette heure) Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Je le ferais encor si j'avais à le faire. Le Cid, III, 4, Rodrigue Commentaire Le même vers se retrouve dans Polyeucte, V, 3. ● encore (difficultés) adverbe (latin populaire hinc ad horam, d'ici jusqu'à cette heure) Orthographe Encor, sans e final, est une ancienne forme que l'on rencontre dans la poésie. Construction 1. Encore en tête de phrase, pour marquer une restriction, commande l'inversion du pronom sujet ou du pronom de rappel : « Encore est-il vrai que le nourrisson vit joyeusement de la substance d'autrui »(Alain). Il a promis d'arriver à sept heures précises, encore ne doit-il pas traîner en route. Après et encore, l'inversion n'est que facultative. Il semble guéri ; et encore, il faut attendre le résultat des examens. 2. Encore que (+ subjonctif). Elle est compétente et elle est jeune ; encore que la jeunesse ne soit pas forcément un avantage à ce poste. Construction courante. Encore que (+ indicatif ou conditionnel) : « Encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes »(Pascal). L'emploi de l'indicatif, quoique rare, est correct. On rencontre également le conditionnel, marquant l'éventualité : « Encore qu'un tel souci trouverait à se justifier »(G. Duhamel). 3. Si encore (+ indicatif imparfait ou plus-que-parfait) = si du moins. Si encore il disait la vérité. Remarque Encore si (même sens) n'est pratiquement plus employé de nos jours : « Encore si c'était crainte austère »(V. Hugo).

encore ou (poét.) encor
adv.
d1./d adv. de temps. Jusqu'à cette heure, jusqu'à ce moment. (Par oppos. à ne... plus.) Il est encore ici. Il était encore étudiant l'an dernier.
|| (Avec une nég., par oppos. à déjà.) Pas jusqu'à maintenant, pas jusqu'au moment dont on parle. Elle n'est pas encore rentrée. Il n'était pas encore marié. Tu ne le connais pas encore.
d2./d (Marquant la répétition.) De nouveau, une fois de plus. C'est encore vous? Il a encore gagné.
d3./d (Marquant l'idée d'une plus grande quantité.) Donne-lui encore à boire! J'en veux encore, une fois de plus, davantage. Qu'est-ce qu'il te faut encore?, de plus, en outre. Non seulement il pleut, mais encore il fait froid.
|| (Renforçant un comparatif, un verbe marquant un changement de quantité, d'état.) Elle est encore plus intelligente que belle. On peut raccourcir encore les manches.
d4./d (En fin de phrase.) (Belgique) Fam. Comment t'appelles-tu, encore?
d5./d (Marquant le doute, la restriction.) Il a demandé un prêt; encore faut-il qu'on le lui accorde! Cette viande est tout au plus mangeable, et encore!
|| Loc. conj. Encore si...! Si encore...!: si seulement... Encore s'il voulait travailler... Si encore il était généreux!
d6./d Loc. conj. Litt. Encore que (+ subj.): bien que, quoique. Encore qu'il soit jeune, il ne laisse pas d'être sage.
Encore que (+ cond.): marquant une éventualité. Encore qu'il guérirait difficilement.
d7./d Loc. (Belgique) Encore bien que: heureusement que.
|| ça va encore: ça va assez bien.

⇒ENCORE, adv.
I.— Encore adv. de temps
A.— [Encore exprime la persistance d'un procès antérieurement en cours et dont le terme était ou pouvait être normalement envisagé pour le moment actualisé par le verbe]
1. [En constr. affirmative]
a) [Sans précision de la durée de la persistance] Le jour sourit encor aux fleurs qu'il a fait naître (MICHAUD, Printemps proscrit, 1803, p. 101). Quand je les écrivis, j'étais revenu à Paris depuis plusieurs semaines, mais j'éprouvais encore la langueur de la convalescence (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 12) :
1. Une fois qu'elle dénouait un cordon d'or sifflant, elle s'aperçut qu'au géranium prisonnier contre la vitre d'une des fenêtres, sous le rideau de tulle, un rameau pendait rompu, vivant encore.
COLETTE, Sido, 1929, p. 12.
Rem. Encore peut être, pour des raisons de rythme, éloigné du verbe :
2. Ah, ne fais point le mouvement de partir! Baise-moi, qui suis ta femme et ta vierge encore!
CLAUDEL, Poésies diverses, Éros et Psyché, 1952, p. 314.
b) [Avec indication de la durée de la persistance]
[par un numéral] Elle patienta encore deux jours (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 65).
[par un adv. de quantité] Je ne dis rien des malveillances qui poursuivront longtemps encore, et le fondateur de cet Oratoire, et le père du Carmel français (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 7) :
3. — Cela me dégoûte d'entendre parler de la musique, comme d'un libertinage... Oh! Ce n'est pas votre faute. C'est la faute de votre monde. Toute cette fade société qui vous entoure regarde l'art comme une sorte de débauche permise... Allons, assez là-dessus! Jouez-moi votre sonate.
— Mais non, causons encore un peu.
ROLLAND, Jean-Christophe, La Foire sur la place, 1908, p. 735.
c) [Avec précision du moment actualisé par le verbe] Il avait eu l'idée d'adjoindre un rayon de chapeaux à son commerce, encore du vivant de ses père et mère (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 114). Maintenant encore il n'a d'amis qu'irréductibles et d'ennemis que fervents (GREEN, Journal, 1946, p. 6).
2. [En constr. négative] [Pour indiquer la prolongation de l'état négatif, en attendant la possibilité d'affirmer son changement en état positif] Rien ne bougeait encore dans les rues engourdies d'Orsenna, les grands éventails des palmes s'épanouissaient plus larges au-dessus des murs aveugles (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 12) :
4. Les yeux sur la table, tous quatre maintenant se faisaient petits, tandis qu'elle les tenait sous ses anciennes savates boueuses de la rue de la Goutte-d'Or, avec l'emportement de sa toute-puissance. Et elle ne désarma pas encore : ...
ZOLA, Nana, 1880, p. 1366.
5. Il attendait, avec ce serrement de cœur que tout musicien éprouve, au moment où la baguette du chef se lève et où le fleuve de musique se ramasse en silence, prêt à briser sa digue. Jamais il n'avait encore entendu son œuvre à l'orchestre.
ROLLAND, Jean-Christophe, La Révolte, 1907, p. 503.
[En style soutenu ou avec une nuance d'insistance] Vous n'avez point encore mérité ma franchise (CONSTANT, Wallstein, 1809, II, 4, p. 58) :
6. Tantôt c'est une hypothèse ou proposition provisoire non encore bien établie par le témoignage des sens, mais on cherche à l'étayer par l'expérience afin d'aller de proche en proche.
C. BERNARD, Cahier de notes, 1860, p. 143.
[Dans une prop. sub. dépendant d'un verbe princ. négatif (p. ex. vouloir, savoir que) de sens modal, encore indique la non-survenance prolongée d'un événement attendu ou prévisible] Qu'il songe dès lors très sérieusement à quitter le monde, cela me paraît certain : mais je ne vois pas qu'il ait encore fait son choix d'une façon positive et irrévocable (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 302) :
7. SICHEL. — Partons. Et d'ailleurs je tremble de te laisser ainsi aller seule. Pourquoi ce caprice de n'avoir pas voulu que l'on sache encore que tu es aveugle?
CLAUDEL, Le Père humilié, 1920, I, 1, p. 490.
Rem. Dans cette dernière constr., encore peut se paraphraser par « dès ce moment », qui est une de ses valeurs étymologiques.
B.— [Encore exprime la réitération actuelle d'un procès (c'est-à-dire ayant lieu au moment envisagé par l'énoncé verbal) qui a déjà eu lieu à de précédentes fois] L'amour monogame, exclusif refera le monde encore (MICHELET, Journal, 1856, p. 298) :
8. ... et cependant il fuit comme une ombre, il s'évanouit magiquement, il reparoît, disparoît encore, semblable à une petite fumée d'azur, ou aux éclairs d'un glaive dans les ténèbres.
CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, t. 1, 1803, p. 112.
[Avec précision du nombre de fois que la réitération a lieu] Venir encore une, deux fois, souvent. Une nouvelle sirène de navire appela trois fois, par saccades, puis une fois encore longuement (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p. 195).
[Construit avec ou et ou bien, encore introduit un membre de phrase (mot ou prop. compl., etc.) qui constitue une var. par rapport à un membre de phrase énoncé dans la même phrase] :
9. M. de Broglie, qui a de l'esprit sous son mérite, disait en parlant des chansons de Béranger : « C'est bien, c'est dommage que ce soit obscur. » — Ou encore : « Il a su porter l'obscurité jusque dans la chanson. »
SAINTE-BEUVE, Pensées et maximes, 1869, p. 98.
10. La médecine expérimentale est la médecine qui analyse expérimentalement les phénomènes des maladies dans le but de les reproduire ou de les détruire ou encore dans le but de favoriser ou empêcher leur développement; ...
C. BERNARD, Principes de méd. exp., 1878, p. 101.
11. LE DOCTEUR. — Il y a un tambour de ville. La municipalité le charge de certains avis. Les seuls particuliers qui recourent à lui sont les gens qui ont perdu leur porte-monnaie, ou encore quelque marchand forain qui solde un déballage de faïence et de porcelaine.
ROMAINS, Knock, 1923, p. 6.
[Dans un énoncé négatif, encore indique la réitération de la non-survenance d'un procès attendu] — Tu ne travailleras encore pas pendant ce voyage? — Je ne suppose pas (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 10).
[Encore! peut à lui seul, dans un tour exclam., exprimer soit une demande de réitération, ou au contraire, la protestation contre une réitération lassante] Un poulet, encore du poulet, toujours du poulet, nom de Dieu! J'en ai assez, moi, de ton poulet (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Alex., 1889, p. 758).
[Précédé de mais, encore peut constituer un énoncé exclam. ou interr. ell. pour protester contre un énoncé trop vague et réclamer des précisions complémentaires] — Mais où donc me menez-vous? demanda-t-il à l'un des gendarmes. — Vous le saurez tout à l'heure. — Mais encore... — Il nous est interdit de vous donner aucune explication (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 89) :
12. ARGANTE. — Et qu'a-t-il demandé?
SCAPIN. — Oh! D'abord des choses par-dessus les maisons!
ARGANTE. — Et quoi?
SCAPIN. — Des choses... extravagantes.
ARGANTE. — Mais encore?
SCAPIN, avec dégoût. — Il ne parlait pas moins que de cinq ou six cents pistoles.
CLAUDEL, Le Ravissement de Scapin, 1952, p. 1329.
II.— Encore, adv. de gradation quantitative ou intensive
A.— [Encore signifie « en outre » et indique que quelque chose s'ajoute ou doit s'ajouter à ce qui a déjà été dit, fait, obtenu, etc.] Si j'étais admissible, je ferais la licence d'anglais en novembre et il me faudrait encore pour cela l'Angleterre aux vacances (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1906, p. 13) :
13. On raconte encore (et ces versions différentes n'ont rien d'absolument contradictoire) que vers la fin de sa vie, harcelé et piqué par les journalistes de Trévoux, il avait envie de ramasser tout ce qu'on pouvait dire contre les Jésuites...
SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 352.
14. — De retour chez vous, vous préparerez un salon de compagnie avec des galendas, — des paravents, — des flambeaux, des jeux de cartes... Vous seul pouvez vous sauver, mon enfant, et je ne sais si vous y parviendrez.
— Mon père, que me faut-il faire encore?
— Préparez le salon avec la servante.
POURRAT, Gaspard des Montagnes, 1925, p. 24.
[Encore peut précéder un nom de nombre pour préciser la quantité de ce qui s'ajoute ou doit s'ajouter] J'ai encore mille et cent mille choses à te dire, mais la poste me presse (HUGO, Corresp., 1852, p. 113). Cher papillon, prends garde à la flamme, en voilà encore un qui va mourir comme celui de l'autre soir (JOUVE, Paulina, 1925, p. 40).
En partic., dans la loc. corrélative non seulement... mais encore
♦ [La gradation quantitative concerne les compl. d'obj. ou les attributs du suj. d'un même verbe ou attribut, le 2e obj. ou attribut renchérissant sur le 1er] Non seulement il est libéral, mais encore il est prodigue (Ac. 1835-1932). Ce soir-là, le docteur nous disait, non seulement ses bonnes fortunes, mais encore le détail des sentiments et nuances de sentiments qui avaient dicté les actions des infortunées D., C. et J. F., souvent négligées par leur vainqueur (STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 27).
♦ [La gradation concerne les procès, dont le second renchérit sur le Ier] Non seulement Kleist avait en lui-même un merveilleux sujet d'étude, mais encore toutes les intentions de son art donnent, aux matériaux romantiques, une inflexion très particulière (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 319) :
15. Nous avons vu que la grève générale syndicaliste est une construction qui renferme tout le socialisme prolétarien; on y trouve non seulement tous ses éléments réels, mais encore ils sont groupés de la même manière que dans les luttes sociales et leurs mouvements sont bien ceux qui correspondent à leur essence.
SOREL, Réflexions sur la violence, 1908, p. 232.
Rem. On rencontre parfois la corrélation déjà... mais encore avec le même sens ou un sens légèrement différent (« mais en outre », « mais aussi ») :
16. Chaque fois que je l'ai pu, j'ai repris le problème, en tâchant de l'aborder de différents côtés : déjà dans « Puissances de Paris », mais encore dans certains récits du « Vin blanc de la Villette », et jusque dans le conte cinématographique de « Donogoo-Tonka », ou le scénario de « l'Image », que j'écrivis pour Feyder.
ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre, 1932, p. XIII.
B.— [Dans la lang. fam., la loc. composée et ... encore indique que le mot ou groupe de mots qu'elle encadre exprime une circonstance aggravante ou de difficulté croissante par rapport au mot ou groupe de mots immédiatement antécédents] M. Dubriage. — Il s'emporte d'abord; il me tient des propos... et devant George encore! (COLLIN D'HARL., Vieux célib., 1792, II, 5, p. 41). Je regrette de vous déranger de si bonne heure, Francine, dit-elle, et un jeudi encore! Il y a tant d'ouvrage! (BERNANOS, Joie, 1929, p. 539). J'vais voir si c'est ainsi! que je crie à Arthur, et me voici parti à m'engager, et au pas de course encore (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 14).
C.— [Avec un verbe exprimant par lui-même l'intensité croissante (accentuer, accroître, aggraver, agrandir, ajouter, améliorer, amplifier, assombrir, attrister, augmenter, compliquer, croître, développer, dominer, (s')élever, embellir, empirer, enfler, épaissir, exagérer, exalter, exciter, fraîchir, grandir, grossir, magnifier, parfaire, ralentir, rehausser, relever, renchérir, resserrer, rétrécir, surpasser), encore indique un degré de plus dans l'intensification] Immense plaine, très rares arbrisseaux de loin en loin; ce dénuement magnifie encore les trois grands arbres du village (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 879) :
17. L'âme de l'inconnue expirait sur sa lèvre;
Ses yeux, ses grands yeux noirs charbonnés par la fièvre
Exagéraient encor sa hautaine pâleur;
Et sa voix qui semblait faite pour la douleur
Exhalait toute, avec ses cordes épuisées,
L'infini de douceur qu'ont les choses brisées...
SAMAIN, Le Chariot d'or, Les Roses dans la coupe, 1900, p. 17.
[Avec parfois un adv. indiquant une limite à l'intensification] Yves pâlit encore un peu et frappa son père sur le bras (DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1939, p. 287).
D.— [Avec un adv. à la forme comparative-intensive, encore souligne et renforce l'intensification déjà exprimée par le compar.] Son visage s'altéra davantage encore. Une ride se creusa entre ses sourcils (BOURGET, Disciple, 1889, p. 192) :
18. Le grand mot était lâché!... Ce fut un scandale encore pire que celui de la reine et du cardinal de Rohan, car le Parlement déclarait par là que, depuis les premiers temps, on avait imposé le peuple sans lui demander son consentement, et que c'était un véritable vol.
ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d'un paysan, t. 1, 1870, p. 110.
19. M. Cousin nous enchantait; cependant Pierre Leroux, par son accent de conviction et le sentiment profond qu'il avait des grands problèmes, nous frappait plus vivement encore; nous ne voyions pas bien l'insuffisance de ses études et la fausseté de son esprit.
RENAN, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, 1883, p. 249.
[Souvent avec une forme de compar. en extraposition initiale ou intercalaire] Mieux encore, elle unit la plume à la rapière Et depuis quelque temps s'est faite littéraire (BARBIER, Satires, 1865, p. 109). Hé bien, tu sais, tu étais comme ta sœur, et pire encore, hypocrite! (ANOUILH, Antig., 1946, p. 140).
III.— Encore, cheville logique d'un raisonnement (à coloration affective ou exclam. et gén. fam.) de résignation ou de concession limitée
A.— [Encore, marque de l'acceptation d'un énoncé soumise à une condition réalisable; placé en tête de phrase ou de prop., il entraîne gén. l'inversion du suj. pronom.] Si je me lance dans un pareil travail déjà impossible, encore faut-il que j'aie toute sécurité (BALZAC, Corresp., 1840, p. 59). Alors, il suffit de copier? Sans doute. Encore faut-il savoir copier. Savoir copier, c'est savoir résumer, simplifier, choisir, accentuer (FAURE, Esprit formes, 1927, p. 208) :
20. Il fallait qu'elle pût dire à l'enfant élevée au Sacré-Cœur : « Pour être aussi pure que tu l'es, je n'ai pas besoin de tous ces rubans ni de toutes ces rengaines... » Encore la pureté d'Anne de La Trave était-elle faite surtout d'ignorance.
MAURIAC, Thérèse Desqueyroux, 1927, p. 184.
B.— [P. oppos. à un énoncé persuasif ou dissuasif, encore indique qu'après réflexion, on va passer outre ou s'accommoder de la situation énoncée, mais seulement jusqu'à un certain point] Synon. partiel à la rigueur, tout bien réfléchi. Une côte de bœuf n'est pas pour me déplaire, Tout de même c'est encor vous que je préfère Et je le dis bien haut (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p. 151). Clotaire. — Je ne vais pas jusque là. Jef. — C'est encore heureux! (ACHARD, J. de la Lune, 1929, III, 2, p. 26) :
21. Comment se fait-il, en vérité, que tant de gens accomplissent l'aventure humaine, sans chercher à connaître comment on grandit, comment on devient soi, comment on meurt, sans s'inquiéter des liens qui les rattachent à leurs pères, ou les prolongent dans leurs fils? Qu'ils se désintéressent des électrons ou des nébuleuses, passe encore. Mais d'eux-mêmes!
J. ROSTAND, La Vie et ses problèmes, 1939, p. VI.
C.— [Encore, marque de l'acceptation soumise à une condition non réalisée; si encore ou encore si indiquent que ce qui vient d'être dit serait à la rigueur acceptable si — mais ce n'est pas le cas — telle condition était réalisée] Me voilà perdu. Si, encore, je l'avais fait exprès! (RENARD, Journal, 1897, p. 389) :
22. Elle revient à la hâte. Elle ne pouvait marcher assez vite. Elle disait : « Oh! Une si gentille dame qui le caressait tant! ... Si, encore, c'était M. Maurice!... »
RENARD, Journal, 1900, p. 568.
D.— [Encore, marque de l'affirmation sous réserve; et encore! corrige l'énoncé précédent en indiquant avec une certaine véhémence, qu'après réflexion, on constate qu'il n'est conforme à la vérité que jusqu'à un certain point (ce que justifie gén. la suite du discours)] Reste six mille, et encore, si de nouveaux créanciers ne se révèlent pas (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 746). « Vous n'êtes qu'une petite barbare. Et encore les barbares ont une musique! ... » (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1266) :
23. Il faut vous l'exposer par des gestes, pour vous la faire comprendre — et encore! J'en doute. Quand il a fallu partir, je ne suis pas parti.
FLAUBERT, Corresp., 1850, p. 175.
[Et encore peut être employé sans justification subséquente] Plus intelligent que Marcel Drouin, je ne connais que Valéry... Et encore (GIDE, Journal, 1924, p. 789).
Rem. Et encore entraîne parfois l'inversion du suj. pronom. Il faut être hors de ses prises, il faut avoir la richesse, la naissance, le génie; et encore échoue-t-on dans cette entreprise, témoin Byron (AMIEL, Journal, 1866, p. 184).
IV.— [Encore que, quasi-synon. de quoique, bien que, introduit une prop. sub. énonçant une réserve semblable à celle qu'indique et encore (cf. supra III D), mais gén. plus atténuée parce que dénuée de la véhémence que permet l'emploi exclam. de et encore] :
24. Elle tira ensuite d'une armoire pratiquée dans le mur plusieurs robes d'une richesse et d'une élégance rares, qui semblaient coupées à la taille d'Isabelle, mais dont la jeune actrice ne voulut point, encore que la sienne fût défraîchie et fripée, ...
GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 397.
[L'atténuation rel. du tour se manifeste notamment par la mise entre parenthèses de la prop. sub.] Je l'acceptais père de famille (encore qu'il me fût pénible de me dire qu'il était père d'Olivier), bourgeois rangé, honnête, retraité (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1116).
[Avec ell. du verbe] :
25. Je nourrissais, pour Justin, une admiration fougueuse, intempérante certains jours, et le plus souvent récompensée, car Justin, âme exaltée, m'en vouait une semblable, encore que plus loquace.
DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, p. 13.
Rem. La prop. sub. peut se présenter comme une indép., pour suggérer qu'entre l'énoncé précédent et la corr. que la sub. lui apporte s'est glissé un temps de réflexion plus long que dans l'énonciation enchaînée. Des choses en vous me font un peu mal, vous ne l'ignorez pas. Encore que vous ayez des droits particuliers (MONTHERL., J. filles, 1936, p. 923).
Rem. gén. 1. Encore et déjà. Encore marque la persistance du procès au lieu de visée (lieu actuel du procès); il dormait encore. Déjà marque la réalité du procès dès le lieu de visée : il dormait déjà. 2. Encore et toujours. Toujours aussi bien que encore peut signifier la persistance, mais à l'encontre de encore, il permet de souligner que le procès a lieu depuis plus longtemps et quasi sans interruption. a) Lorsque ces 2 adv. sont juxtaposés, toujours est pris dans le sens de la persistance et renchérit sur encore qu'il suit gén. Rien ne m'a jamais mieux montré l'éternelle enfance de cette sotte humanité, et que les Français, les Parisiens surtout, sont encore et toujours ce peuple fou et charmant, mobile, insouciant, amusé (SAINTE-BEUVE, Cahiers, 1869, p. 98). b) Ou bien toujours est pris dans le seul sens de la permanence continue et encore dans le sens de la réitération au moment du procès, ce qui est souvent le cas lorsque toujours précède encore. L'autre frappoit toujours, et frapperoit encore, si l'on n'étoit venu secourir le berger et l'arracher à sa furie (FLORIAN, Fables, 1792, p. 162). c) Lorsque, dans la lang. fam., ces adv. se trouvent combinés, leur alliance, rare et pléonastique, équivaut à toujours au sens de la persistance, encore se bornant à suggérer la relation avec le moment du procès. D'autre part, je commençais à mépriser Yves, mais je l'adorais encore toujours (DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1939, p. 288).
Prononc. et Orth. :[]. Enq. : //. Ds Ac. 1694-1932 qui ajoute, comme le reste des ouvrages, que la graph. encor est réservée à la poésie. Étymol. et Hist. 1. Mil. XIe s., adv. de temps exprimant la persistance d'un procès à un moment considéré; ici avec un verbe au prés. signifie « maintenant, à cette heure » (St Alexis, éd. C. Storey, 360 : Net coneümes n'uncor net conuissum); 2. 1100 marquant une répétition « aussi, de plus » (Roland, éd. J. Bédier, 1623 : Sun cumpaignun Gerers ocit uncore E Berenger e Guiun de Seint Antonie); 3. 1165-70 marquant un renchérissement devant un compar. (CHR. DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 529 : Mes j'atant ancor meillor point Que Dex greignor enor li doint); 4. fin XIIe s. devant un verbe au subj. exprime une concession (Sermons St Grégoire sur Ezechiel, 3, 20 ds T.-L. : ancor soit ceu k'ele est por ceu apeleie prophecie k'ele avancet ceu k'avenir est, si pert ele totevoies la raison de son nom, quant ele parollet ou del tens trespasseit ou del presant); 5. 1532 encore que (RABELAIS, Pantagruel, ch. 8, éd. Marty-Laveaux, I, p. 254). Du lat. vulg. hinc ha (c) hora ou hinc ad horam; la forme a. fr. uncore, oncore est due à l'infl. de onque, onc. Fréq. abs. littér. Encore : 110 844. Encor : 2 547. Fréq. rel. littér. Encore XIXe s. : a) 154 220, b) 146 092; XXe s. : a) 154 803, b) 168 437. Encor : XIXe s. : a) 6 672, b) 5 564; XXe s. : a) 2 714, b) 523. Bbg. BLUMENTHAL (P.). Zur kommunikativen Funktion von Adverbien und Umstandsbestimmungen im Französischen. Rom. Forsch. 1975, t. 87, p. 327. — CORNU (J.). Glanures phonol. Romania. 1878, t. 7, p. 358. — DAUZAT (A.). Encore. Fr. mod. 1942, t. 10, p. 116. — HAVET (L.). L'Ital. anche, le fr. encore. Romania. 1879, t. 8, p. 94. — LOMMATZSCH (E.). Nochmals fr. encore. Ach. St. n. Spr. 1942, t. 181, pp. 45-46. — MULLER (C.). Rem. syntactico-sém. sur certains adv. de temps. Fr. mod. 1975, t. 43, pp. 18-38. — NICHOLSON (G. G.). Adv. rom. issus de conj. R. Ling. rom. 1930, t. 6, pp. 152-172. — ROHLFS (G.). Encore à propos d'encore. St. neophilol. 1947/48, t. 20, pp. 161-164; Zur Herkunft von fr. encore, ital. ancora. Arch. St. n. Spr. 1937, t. 172, pp. 203-205.

encore ou (vx ou poét.) encor [ɑ̃kɔʀ] adv.
ÉTYM. XIIe; uncor(e), XIe; du lat. pop. hinc ad horam ou hanc ad horam « d'ici jusqu'à l'heure ». → Or(e).
1 Adverbe de temps. Marque la persistance d'une action ou d'un état au moment considéré. || Vous êtes encore là ? Toujours. || Il est encore en vie. || C'est encore l'hiver. || Nous en avons encore pour longtemps. || La veille encore, il me disait… || On en parlera encore dans dix ans. || Vous n'êtes encore qu'un enfant. Péj. || Il en est encore là !
(En tour négatif). Marque que ce qui doit se produire ne s'est pas, pour le moment, produit (→ ci-dessous, cit. 2 et 3). || Il ne fait pas encore jour. || Je ne l'ai encore jamais rencontré.
1 (…) maître loup s'enfuit, et court encor.
La Fontaine, Fables, I, 5.
2 Mme la princesse de Conti est tombée en apoplexie. Elle n'est pas encore morte, mais elle n'a aucune connaissance (…)
Mme de Sévigné, Lettres, 245, 3 févr. 1672 (→ Apoplexie, cit. 2).
3 Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui.
Racine, Andromaque, I, 4.
4 (…) on veut haïr et on veut aimer, mais on aime encore quand on hait, et on hait encore quand on aime.
La Rochefoucauld, Réflexions diverses, De l'incertitude…
4.1 Et si alors un nom lu par hasard nous donne un sentiment de jalousie, nous sommes contents de penser que nous aimons encore (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 759.
5 Quand l'action atteint un point, on a le choix entre encore et toujours : la révolte dure encore, toujours; — j'ai beau attendre, elle ne vient toujours pas.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 444.
Loc. (vx). Pour encore : pour l'instant.
2 Marquant une idée de répétition ou de supplément. Nouveau (de); et préf. re-. || Vous vous êtes encore trompé. || Il nous a encore répondu la même chose. || Que se passe-t-il encore ? || Encore vous ?
6 Je le ferais encor, si j'avais à le faire.
Corneille, le Cid, III, 4.
7 Il ne pouvait confesser sa faute sans glisser malgré lui au besoin de la commettre encore en pensée.
Zola, la Faute de l'abbé Mouret, III, IX, p. 367.
8 (…) ça a coulé, clair, puis épais, puis clair encore, la lie et le vin mélangés.
J. Giono, Colline, p. 110-111 (→ Bonde, cit. 2).
(Avec un nombre). || Pardonnez-lui encore une fois. Plus (une fois de plus). || Prenez encore un gâteau. Autre (un autre gâteau). || J'en ai acheté encore cinq.Exclam. || Encore ! encore ! Ellipt. || Encore une fois, encore un coup (vieilli) : je vous le dis encore une fois. || Encore une fois, vous devriez vous méfier !
9 Mettons encore un coup toute la Grèce en flammes (…)
Racine, Andromaque, IV, 3.
10 Laissez donc tout cela (…) Prenez encore une assiettée de soupe.
M. Barrès, la Colline inspirée, p. 241.
(Avec un verbe marquant accroissement ou diminution). Davantage. || L'incident va encore aggraver la situation. || Outre ses propriétés en province, il possède encore des appartements à Paris. Aussi. || Vous n'êtes pas content ? Que vous faut-il encore ? || Et puis quoi encore ? || Non seulement il est égoïste, mais encore il est avare. Même. || Vous l'aidez et il se moque de vous encore ! Surcroît (par).
11 (…) je suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon.
Molière, le Médecin malgré lui, I, 5.
12 Roscius entre sur la scène de bonne grâce (…) et j'ajoute encore qu'il a les jambes bien tournées (…)
La Bruyère, les Caractères, III, 33.
13 Les menées de M. le duc du Maine (…) vinrent encore approfondir sa chute.
Saint-Simon, Académie, Dict. historique (→ Approfondir, cit. 5).
14 Pour ajouter, on se sert d'autres expressions, d'adverbes tels que : encore : Je dois encore vous avouer; — celle-ci s'était mariée sur le tard avec Pierron, un veuf encore, qui avait une gamine de huit ans — par surcroît, en plus, il était borgne; — en outre il a réussi à passer son examen.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 714.
(Avec un comparatif). Marquant un renchérissement. || Il est encore plus grand que je ne l'imaginais. || Vous êtes encore moins patient que moi. || Parlez encore plus bas. || C'est encore pis.
15 Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
On s'enfonce encor plus avant (…)
La Fontaine, Fables, V, 6.
16 La famille antique est une association religieuse plus encore qu'une association de nature.
Fustel de Coulanges, la Cité antique, p. 41.
17 Je me sentis connue encor plus que blessée (…)
Valéry, Poésies, « la Jeune Parque ».
Mais encore ?, s'emploie pour demander plus d'éclaircissements que l'interlocuteur n'en donne. || C'est à vous d'agir prudemment. — Mais encore ? (que faut-il faire ?). || Nous vous donnerons certains avantages. — Mais encore ? (lesquels ?).
18 Chemin faisant il vit le col du chien pelé.
Qu'est-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi rien ? — Peu de chose.
— Mais encor ? — Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
La Fontaine, Fables, I, 5.
19 Mais encore, quelle est ta pensée là-dessus ?
Molière, Dom Juan, I, 2.
Loc. Vx. D'encore en encore : de plus en plus.
3 Particule introduisant une restriction.
En tête d'une proposition (avec inversion du sujet). Cependant, mais. || La route est directe, encore est-elle impraticable en hiver. || Ce mot existait déjà au XVIe siècle; encore n'était-il employé que dans la langue littéraire. || Vous vouliez venir ? Encore fallait-il nous le dire !
20 Encore est-il plus raisonnable que je ne pensais (…)
Molière, le Mariage forcé, 8.
21 Encore s'est-il trouvé des gens qui se sont plaints qu'il s'emportât contre Andromaque (…)
Racine, Andromaque, 1re Préface.
Avec une proposition conditionnelle, par une ellipse équivalant à une tournure telle que : cela serait encore convenable, admissible si… (sans inversion du sujet). Moins (du moins), seulement (si seulement). || Encore, si nous pouvions lui parler, cela faciliterait les choses.Exclam. || Si encore il comprenait ce qu'on fait pour lui ! Seulement (si).
22 Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage (…)
La Fontaine, Fables, I, 22.
23 Encore si l'on m'avait donné du temps, j'aurais pu (…)
Molière, les Précieuses ridicules, Préface.
Et encore, se dit pour modifier ce qui vient d'être évalué (en plus ou en moins). || On vous en donnera cinq cents francs, et encore !, au plus cinq cents francs. || Je l'ai bien payé cinq cents francs, et encore !, au moins cinq cents francs. || Il pourra s'en tirer tout juste, et encore !
4 Loc. conj. (XIVe). Littér. Encore que : bien que, quoique. || Nous l'aiderons, encore qu'il ne le mérite pas. (Avec ellipse du verbe). || Encore que très riche, il vit très simplement.
REM. Encore que s'emploie régulièrement avec le subjonctif; mais on rencontre parfois le conditionnel pour marquer l'éventualité, et (rarement) au XVIIe s. l'indicatif pour marquer la réalité de la chose concédée.
24 Encor que je vous sois, peu s'en faut, inconnue (…)
Corneille, Mélite, IV, 2.
25 Mon deuil est raisonnable, encor qu'il soit extrême (…)
Molière, Psyché, II, 1.
26 (…) encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes (…)
Pascal, Pensées, IV, 244.
27 (…) rien de ce qui pousse à la révolte n'est définitivement dangereux — encore que la révolte puisse fausser le caractère (…)
Gide, les Faux-monnayeurs, I, XII, p. 146 (→ Cabrer, cit. 2).
28 Encore qu'un tel souci trouverait à se justifier.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, I, p. 121.
29 Encore que avait apparu vers le XVe siècle. Il était très usité dans la langue classique : Va-t'en, ne montre plus à ma douleur extrême, Ce qu'il faut que je perde, encore que je l'aime… — Les femmes croient souvent aimer, encore qu'elles n'aiment pas… — Ne dites-vous pas… que le ciel et les oiseaux prouvent Dieu ?… Car encore que cela est vrai en un sens… néanmoins cela est faux à l'égard de la plupart… De nos jours la locution a un air archaïque.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 863.
CONTR. Déjà (temps), plus (négation).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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